Manifeste

N.B. Écriture collective en cours, voici une 1ère proposition à améliorer ensemble (et réduire à ~7000 signes). Donnez votre avis et/ou rejoignez le groupe manifeste lors de la journée nationale le 21/11/25 à Nancy. Ouverture des signatures en 2026.

Manifeste de l’accompagnement à l’autoproduction & l’entraide dans le bâtiment

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01 Une marge à réhabiliter

Depuis toujours les communautés créent leur habitat avec ce qui les entoure. Bâti vernaculaire ou autoproduction de l’habitat, une constante, ce bâti devient avec le temps la fierté de tous les peuples. En Europe, ce savoir-faire que nous pratiquions en groupe et sans diplôme, il n’y a pas si longtemps, se retrouve aujourd’hui à la marge d’une société où les maîtres bâtisseurs d’antan sont devenus des professionnels de la construction. Nous pensons qu’il est temps de réhabiliter cette marge avec tout ce que nous avons appris entre-temps.

02 Des savoirs précieux

Le bâtiment est devenu pour beaucoup un objet technique performant que l’on achète à des professionnels. Le progrès ! Mais la professionnalisation de la construction a aussi permis d’améliorer le confort et la sobriété de nos bâtiments au cours des générations. De la physique du bâtiment à la maîtrise des matériaux biosourcés, en passant par la redécouverte de techniques anciennes, l’ensemble du secteur de la construction a ainsi progressivement accumulé une somme de savoirs précieux. Aujourd’hui nous savons construire des bâtiments économes en énergie et reliés aux ressources locales, des bâtiments ancrés dans leur territoire.

03 Reprendre la main

Il n’en reste pas moins que le désir de reprendre en main la création de nos lieux ‑ bâtir à nouveau nos nids et nos terriers – s’est amplifié ces dernières années. Pour améliorer l’existant ou construire du neuf plus en accord avec nos valeurs et nos moyens nous sommes nombreuses et nombreux à vouloir reprendre la main, dans tous les sens du terme, maîtriser, assumer tranquillement ses propres choix. De l’habitat léger aux multiples dynamiques collectives le plaisir de faire soi-même, le besoin d’autonomie, de réappropriation de nos besoins de base, dont celui d’habiter, s’installe durablement dans nos sociétés. La formidable énergie de l’autoconstruction est là.

04 Un autre progrès est possible

Sauf que faire soi-même ne va pas de soi. Sans expérience, seul·e on se confronte vite à des limites techniques, on prend des risques parfois inutiles et/ou inconsidérés. On découvre que la capacité physique de faire et du temps – deux préalables – ne sont que des conditions nécessaires. Et, à l’inverse, en tant que professionnel·le on découvre que soutenir l’autoproduction du bâti ne va pas de soi non plus. On se retrouve vite en porte-à-faux avec notre cadre légal et assurantiel, parfois malgré nous.

Alors comment faire ? Comment s’assurer d’une qualité tout en faisant soi-même ? Comment concilier besoin d’autonomie et exigence technique ? Comment permettre à des pros de conseiller des personnes autonomes ou qui pourraient le devenir sans endosser tous les risques ? Comment faire évoluer le cadre actuel pour qu’il s’adapte aux besoins de notre temps ? Il s’agit maintenant de faire travailler ensemble autonomes et professionnel·les dans un acte de bâtir commun. Un autre progrès est possible.

05 Des racines soulèvent le bitume

Heureusement en France et ailleurs des professionnel·les du bâtiment travaillent avec des autoconstructeur·ices sur chantier, dans les permanences architecturales, les associations, les quartiers, les coopératives, etc. Une pratique se répand, celle de l’accompagnement. Des professionnel·les y trouvent du sens, un rapport plus organique à leur métier et des autonomes bâtissent ainsi avec soin et qualité. Certes cela désarçonne car cette pratique bouscule le paradigme de la responsabilité mais les racines sont là, vivaces, elles poussent dans les interstices de la construction conventionnelle et font bouger les lignes. Le monde de l’ARCA (l’autoconstruction & l’autoréhabilitation accompagnée) est foisonnant, généreux et dynamique, constitué d’acteur·ices très divers. Devons-nous revoir ou consolider les bases de cette pratique ? Élargir ou préciser les contours ? À nous maintenant d’inventer. Une certitude, elle ne demande qu’à se généraliser. Voici nos jalons.

06 Être accompagné, bien plus qu’une demande

Solliciter un accompagnement renvoie au besoin d’être soutenu, depuis l’ébauche d’un projet ou ponctuellement, pour acquérir un nouveau savoir-faire, diminuer le risque de mal faire, être rassuré sur ses choix techniques ou bénéficier d’un regard extérieur. On peut mobiliser une expertise qui fait défaut pour dresser un plan, un budget, un programme de travail, apprendre un geste « au pied du mur », ou être orienté pour le financement d’un projet. Les histoires d’accompagnement sont multiples, c’est leur richesse.

07 Accompagner, bien plus qu’un métier

L’enjeu de l’accompagnement réside dans la transmission et la diffusion de compétences. L’injonction « Tu fais ceci, puis tu feras comme cela » ne suffit pas. Loin de déprofessionnaliser le secteur de la construction, accompagner des personnes non professionnelles nécessite d’être un·e professionnel·le du bâtiment doté·e d’expérience tout en acceptant d’encore et toujours apprendre : apprendre à transmettre, apprendre à écouter, à construire des ponts entre les savoirs, les pratiques, les usages, les habitudes. L’accompagnement est une histoire de liens, une aventure qui mobilise des professionnel·les multitâches et les conduit presque toujours hors de leur champ de compétence conventionnelle. Bien plus qu’un métier, accompagner nécessite un savoir-faire et un savoir-être.

08 Créer une communauté vivante

L’acte de faire n’est qu’un aspect, il s’agit de faire avec et surtout de cheminer ensemble, accompagné·es et accompagnant·es, de partager une expérience, un vécu et d’en sortir mutuellement grandi·es. Nous souhaitons cultiver la diversité des accompagnements actuels, quel·le que soit le public ou la structure concernée. La pratique est par essence plurielle et décloisonne les spécialités. Partageons les expériences, donnons à voir les différentes pratiques d’accompagnement, leurs forces et limites respectives. Nous revendiquons une qualité de ces pratiques en refusant toute uniformisation.

09 Créer une démarche ascendante

Nous voulons rester un terreau patient et fertile. Nous croyons dans une démarche résolument ascendante, libre et transpartisane. Rappelons-nous : les moyens dictent leurs fins, non l’inverse. L’accompagnement est un outil, pas le but. Nous faisons confiance à la multiplication des intelligences. Pour apprendre à accompagner, nous préférons l’interformation lente entre pair·es à la formation par un·e expert·e.

10 Créer des communs

Mutualisons ! Que les expériences des un·es alimentent celles des autres. Que les réussites de l’Est donnent des idées au Nord, et inversement. Faisons cohabiter nos savoirs dans un lieu ouvert et autogéré, les rendre accessibles au plus grand nombre. La mise en commun de nos ressources au-delà de nos coopératives, nos associations, nos réseaux est une force puissante. Commençons par faire vivre un commun numérique pour centraliser et partager les outils existants et à venir : formations, cadres contractuels et assurantiels, plans open source, méthodes collectives, guides techniques, mémoires, reportages, entretiens… Chaque contribution compte. Un vocabulaire commun se mettra progressivement en place.

11 Créer un cadre sécurisant

Un·e professionnel·le engage sa responsabilité en touchant à l’ouvrage dès le premier coup de crayon… mais pas en offrant une « montée en compétence » du maître d’ouvrage. La limite est ténue et hors sol. Dans les faits accompagner un·e autoconstructeur·ice amène à passer perpétuellement de l’un à l’autre. Or l’expérience le montre, la qualité des bâtiments réalisés en ARCA dépasse souvent celle des bâtiments issus de la construction conventionnelle. Une raison simple : le maître d’ouvrage est en lien direct avec le résultat.

Le paradigme assurantiel en vigueur consiste à assurer un geste, un savoir-faire plutôt qu’un résultat, une profession plutôt qu’une réalisation. Cette limite est, à juste titre, bloquante pour les professionnel·les qui voudraient collaborer plus librement et sans risque excessif à l’acte de bâtir. Il est temps d’inventer un nouveau cadre juridique, une nouvelle gestion des risques liés à l’acte de bâtir, pour mettre en confiance accompagnant·es et accompagné·es. Se recentrer sur la qualité plutôt que la responsabilité, inventer une répartition plus juste des responsabilités, une validation régulière des étapes d’un projet par un tiers, une vérification par des pair·es, un système participatif de garantie… les idées ne manquent pas. Travaux en cours.

12 Faire ensemble

Ne l’oublions pas, le but est le pouvoir d’agir de chacun·e de nous, à rebours des logiques de repli et de prédation. Seule une attention collective et égalitaire à nos besoins de base – habiter et autres – permettra d’amplifier les dynamiques de partage, de soin et d’entraide. Retrouver la joie de bâtir en commun, autonomes et professionnel·les, est une des façons de faire. Faire ensemble en étant accompagné et en s’accompagnant les un·es les autres. Faire ensemble !

Octobre 2025 (v14)

L’objectif est d’arriver à une version aboutie fin 2025 et lancer l’appel à signatures début 2026. Pour donner votre avis et/ou participer à l’écriture de ce manifeste écrire à contact@fedac.fr ou venir à ‘l’atelier #9 : manifeste’ le 21 nov 2025 à Nancy.

En attendant la discussion est ouverte dans les commentaires ci-dessous.

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